Publié dans Digital, France, PAF, TV

Recherche de renouvellement de la fiction française : cas Antigone 34

La fiction policière a longtemps été incontournable le vendredi sur France 2. Des séries comme Boulevard du Palais, La Crim’, P.J., Avocats et associés ou encore Central Nuit ont fait les beaux jours, pour ne pas dire les belles soirées du vendredi de la chaîne et de ses téléspectateurs.

Un rendez-vous que France 2 tente de renouer avec de nouvelles créations comme Antigone 34 produit par Mascaret Films, un 6X52’ diffusé depuis le 23 mars. Chaque vendredi, la chaîne propose 2 épisodes.

Le synopsis

Antigone 34, c’est le nom du commissariat où exerce Léa. Sous la pression d’un ennemi invisible et puissant, elle s’attache à un médecin radié et marginal, Victor Carlier, et à une psychologue anticonformiste, Hélène de Soyères. Ses enquêtes sur des crimes « ordinaires » croisent des enjeux locaux et universels (bizutages, pêche aux thons, spéculations immobilières, start-up de jeux vidéos… ) Tournée à Montpellier, cette série transmedia voit ses trois personnages que tout oppose unir leurs compétences.

Une série innovante dans sa construction

Le fil rouge d’une fiction policière récurrente est souvent une histoire d’amour entre des héros que le téléspectateur attend de voir se concrétiser. Les auteurs d’Antigone 34 ont décidé de s’appuyer sur l’enquête initiale de la série plutôt que sur une romance. Un parti-pris intéressant d’autant que chaque personnage de l’affaire est ainsi développé et densifié au fil des épisodes.

Les épisodes sont bouclés, avec la résolution d’une unique affaire de meurtre tandis que l’énigme globale reste en suspend. Des éléments sont naturellement apportés régulièrement. Par ailleurs, là où la police est généralement une famille unie, Antigone 34 laisse apparaître des « ripoux » ; des indices les rapprochant du mystère de la première enquête sont dévoilés au fur et à mesure.

La dimension « attachement », nécessaire à la fidélisation, apparaît, quant à elle, progressivement au travers des relations qui se créent entre les personnages sous l’œil attentif des téléspectateurs. Leur complexité et l’image qu’ils dégagent n’ouvrent donc pas immédiatement la porte de l’empathie. Ce qui rend le sentiment de proximité et l’affection qui peut leur être porté, plus difficile. Le temps pour créer de la complicité avec les téléspectateurs est de fait plus long. C’est donc une approche intéressante mais un risque pour Mascaret Films.

Antigone 34 exploite toutefois des codes de fiction policière connus et efficaces ; l’héroïne doit trouver des soutiens moraux et professionnels en dehors du commissariat pour mener à bien ses missions. Ce qui crée d’une part un univers autour de la série et de la richesse à chaque personnage et d’autre part qui génère du mystère et permet de dévoiler la vraie personnalité et l’intimité des héros.

Les dimensions transmedia

Comme avaient pu le faire les producteurs de Dexter ou 30 Rock, par exemple, Antigone 34 comprend une dimension transmedia, à travers la production de webisodes complémentaires du type « cartoon ». Une innovation dans la construction de ces épisodes qui mêlent extraits de la série avec des planches de BD. Outre l’idée de créer un univers autour de la série et d’entrer dans l’ère numérique, l’objectif est de permettre au téléspectateur de mieux comprendre l’énigme et peut-être de l’aider à la résoudre.

La BD ainsi que des extraits de la série font partie des vidéos disponibles sur la chaîne Youtube dédiée (FranceTvAntigone34) qui compte à ce jour 46 abonnés et 39 067 vues.

Il convient de noter que le 1er épisode est disponible en intégralité sur la chaîne Youtube. Un atout car cela permet à de nouveaux téléspectateurs de reprendre les bases de la série avant de regarder les autres épisodes.

De plus, une application Iphone / Ipad a été développée.

Elle reprend tout l’univers de la série : les BA, des photos, les épisodes, etc.

Un jeu est par ailleurs intégré à l’appli. Des questionnaires relatifs à chaque nouvel épisode sont posés. Sur le principe, il s’agit d’une bonne stratégie pour fidéliser les téléspectateurs et générer du trafic sur le replay, d’autant que les questions ne sont pas toutes évidentes… mais il n’y a pas d’incentive, rien à gagner. Cela n’engage donc pas les mobinautes à poursuivre le jeu chaque semaine.

application Iphone

Un lieu de tournage propice aux belles images

En choisissant Montpellier, Mascaret Films bénéficie d’un cadre de tournage original tant pour la lumière que l’architecture, la végétation (les palmiers !) et la présence de l’eau. Cela permet d’équilibrer et de donner de la lumière à la série, sombre dans sa substance et son traitement… Avec des plans de coupe inspirant aussi l’évasion et le rêve.

extrait Antigone 34

C’est aussi une ville, qui jusqu’à présent, a été peu exploitée pour la fiction contrairement à Marseille, Tours, La Rochelle, Bordeaux ou encore Paris.

Un investissement important pour une communication limitée

France 2 a réalisé un lourd investissement dans la première saison de cette série, qui atteint 750 000 euros par épisode soit un montant total de 4.5 millions d’euros sur un budget global de 6.3 millions d’euros, avec la participation de la région Languedoc-Roussillon (200 000 euros), celle du CNC (899 125 euros) et l’apport de Mascaret Films s’élevant à 721 885 euros.

La chaîne du service public contribue au financement de la série à 71%… Ce qui amène à une question sur sa stratégie à terme.

Certes, un site dédié a été crée sur france2.fr. Il comprend notamment une présentation des personnages, les résumés des épisodes, des interviews des comédiens, la fiche technique et un forum.

home page du site antigone 34

Une page Facebook a aussi été créée. Elle est suivie par près de 2 350 fans le 31 mars, soit après la diffusion des 4 premiers épisodes à l’antenne.

page Facebook Antigone 34

Mais quid de la promotion du programme avant sa diffusion ?

Des bandes-annonces n’ont pas semblé particulièrement présentes sur les différentes antennes du groupe France Télévisions. Les comédiens ont répondu à quelques interviews dans la presse TV, sur les chaînes locales ou décrochages mais ont vraisemblablement été peu invités sur les plateaux de talk shows (en dehors de Vivement Dimanche) et n’ont pas fait l’objet de sujets dans les émissions grand public…

De même, l’investissement ne s’est pas porté sur l’achat d’espaces publicitaires que ce soit en affichage, en presse ou encore sur Internet.

En dehors de la page Facebook, la promotion de l’appli est inexistante. Elle est notamment absente de l’antenne.

Des audiences à confirmer

Le lancement de la série n’ayant pas fait l’objet d’une promotion particulièrement importante, le démarrage a été difficile. Antigone 34 était, par ailleurs, face au lancement de la 9e saison inédite de « NCIS : enquêtes spéciales » qui a attiré 6,545 millions de téléspectateurs soit 25.4% de pda et 34% sur les ménagères de moins de cinquante ans. Le score moyen des 2 premiers épisodes a donc été de 3.2 millions de téléspectateurs soit 13% de part d’audience (3.335 millions et 2.9% pour le premier épisode).

Vendredi 30 mars, les épisodes 3 et 4 ont réuni 2,8 millions de téléspectateurs en moyenne soit 11% de pda (2.942 millions et 11.6% de pda pour l’épisode 3).

En outre, la réalisation et le montage sont empreints d’une certaine modernité mais l’agrégation d’un montage ultraserré avec une réalisation caméra à l’épaule et des plans rapprochés épaules et gros plans pour susciter l’émotion sont lourds pour les petits estomacs… et même pour les autres.

Aussi, les plans de coupe, très esthétiques, qui ont vocation à donner du souffle et indiquer la localisation des scènes, cassent parfois le rythme. Un plan suffirait probablement lorsque la séquence en comprend 3 ou 4.

Enfin, le titre n’exprime pas clairement l’objet de la série, sa promesse… Cela reste indéniablement un frein à l’écoute et freine la curiosité des téléspectateurs. Par voie de conséquence, il limite l’engouement et l’audience.

Bref

Espérons que malgré quelques ajustements à opérer et le manque de visibilité, la série aura le temps de rencontrer son public. 6 épisodes en 3 semaines pour un projet innovant dans le contexte media actuel et face à NCIS, c’est un vrai défi !

A suivre…

Miss Blablabla Media
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