Publié dans Contenus, France, Programme, Stratégie, TV

Avec Clash, France 2 tente à nouveau d’innover en fiction

 Avec Clash, la chaîne du service public, propose, chaque mercredi, depuis le 9 mai, une fiction qui traite de l’adolescence et de la famille, en prime-time.

Visant ainsi un public familial sur une thématique généralement dédiée à la jeunesse et aux cases qui lui sont consacrées, France 2 prend une nouvelle fois un risque…. Néanmoins, il est a priori mesuré puisque contrairement aux programmes jeunesse type Cœur Océan, Foudre, 15/A ou encore Dawson, The life of an American teenager…, cette série n’est pas uniquement centrée sur les adolescents et leurs problèmes quotidiens mais également sur la famille.

Les questions sont vues par le prisme de l’adolescence mais aussi celle des parents ou plus généralement, des adultes qui bénéficient d’une égalité de traitement dans le programme.

Encrée dans le réel, la série produite par Scarlett production montre des personnages et des situations diverses tant en termes de problématiques que de milieux sociaux. Elle dispose donc d’une bonne base pour permettre à un public large de s’identifier.

Pierre Linhart, l’auteur de la série l’expliquait d’ailleurs lors d’un entretien : “Je voulais être sûr de ne pas être dans la caricature, j’ai demandé à ces jeunes s’ils se reconnaissaient dans la série. Après la remarque d’une jeune fille sur le manque de rêve, j’ai changé le sixième épisode pour qu’Emilie ambitionne de devenir actrice” 

Le pitch

La série met en scène des adolescents et les relations complices ou complexes avec leurs parents et en filigrane, des problèmes de société. Elle s’appuie sur la vie d’un groupe de lycéens, au sein d’une même classe et de leurs familles.

Le clash est le point de départ de chaque épisode qui se focalise plus particulièrement sur l’un d’entre eux, ses problèmes et ceux de sa famille.

Le programme

La construction

Contrairement à la plupart des séries, tous les protagonistes sont à la fois personnages principaux et secondaires, selon les épisodes et les questions traitées.

Bien qu’intéressante et innovante, cette construction narrative, empruntée à Skins, est déroutante car elle va à l’inverse des codes de fiction classiques et amène une difficulté pour le téléspectateur dans sa compréhension des personnages, de leur positionnement au sein du groupe ainsi que des liens qui existent entre eux, qu’il s’agisse des adolescents ou des parents.

Il faut donc attendre le troisième ou le quatrième épisode pour commencer à maitriser les grands principes et les personnages de Clash.

Le casting

  Clash mise à la fois sur de jeunes comédiens prometteurs, particulièrement bien choisis et des acteurs plus expérimentés et connus du grand public, en particuliers les moins jeunes, à l’instar d’Eric Métayer, Cristiana Reali, Michel Jonasz, Mathilda May ou Claire Nebout.

Ce mélange est intelligent. Il permet d’une part, au téléspectateur d’avoir des points référents dans la série et découvrir des personnages vierges de tout a priori pour une meilleure crédibilité. D’autre part, cela peut attirer un public plus familial.

Le mode de traitement

Avec une réalisation sobre et une écriture juste et relativement dynamique, Clash réussit à réinventer le traitement de questions de l’adolescence en les intégrant dans des problématiques de société plus globales, plus réalistes et modernes. La série montre les interactions entre les différents problèmes et les conséquences, sur l’une et l’autre des populations, des différents comportements et décisions.

Ce type d’approche a déjà été exploité au cinéma, de façon plus ou moins caricaturale dans des films comme La Boom, Lol ou encore Mon Père, ce Héro, 15 ans et demi.

En outre, la série mise sur une bande son aux tendances rock, de qualité… Ce qui reste encore assez rare en fiction française pour être souligné.

Le dispositif

Clash dispose d’un site internet comportant :

–       Un lien vers les épisodes en replay

–       Un résumé des épisodes

–       Une présentation des personnages

–       Des vidéos (extraits, BA, interview) et photos exclusives

–       Un lien vers les forums de la chaîne

Une page Facebook dédiée a aussi été, « naturellement », développée.

Elle comprend à ce jour 1 425 fans. Ce qui reste modeste au regard du sujet traité et des angles de communication adoptés pour la série.

Toutefois, elle est régulièrement nourrie à la fois en termes de contenus et d’informations (promotion de la diffusion).

Un concours a aussi été mis en place permettant de gagner des DVD

De la même manière, un compte twitter a été crée : @ClashLaSerie, suivi par près de 400 followers.

Le rayonnement de la série sur Twitter reste encore relativement discret. Toutefois, les commentaires sont particulièrement positifs sur les 4 premiers épisodes.

Il concerne, vraisemblablement les ados. Ce qui tente à se confirmer dans les audiences qui restent confidentielles.

Des vidéos sont également mises en ligne sur les plateformes. Notamment sur Studioftv, la chaîne Youtube qui regroupe les vidéos des programmes de France Télévisions. Elle propose des extraits de tournage, interviews, bandes annonces,…

L’audience

Le démarrage de Clash est décevant. La qualité de la série n’est toutefois pas à remettre en cause même si les épisodes sont irréguliers en termes de rythme et d’intrigue. La case du mercredi est fortement concurrentielle et permet difficilement d’émerger face aux Experts sur TF1 et Pekin Express sur M6.

Les deux premiers épisodes, diffusés le 9 mai, ont fédéré 2,4 millions de téléspectateurs en moyenne, soit 9% du public. Les deux suivants, proposés le 16 mai ont attiré 1,5 millions de téléspectateurs en moyenne, soit 6% du public.

En détail

Nombre de téléspectateurs

En millions

PDA

En %

Episode 1

2,661

9,7

Episode 2

2,156

8,4

Episode 3

1,642

6,7

Episode 4

1,400

6,1

La communication et les attentes du public

Malgré sa visibilité dans la presse et sur le net, Clash a souvent été comparée, en termes de communication, à Skins, diffusée par E4. Elle a ainsi été portée par une image probablement trash, trop pour certains, en particulier ceux qui ne sont pas dans le cœur de cible de la série britannique.

En outre, Skins est une fiction pour ados et adulescents, ce qui enferme Clash et freine certainement les cibles plus familiales, même si la série de France 2 n’est pas, encore une fois, qu’une fiction sur les adolescents et pour les adolescents.

Par ailleurs, les comédiens à forte notoriété, qui jouent les rôles de parents, n’ont pas été mis en avant lors de la promotion de la série. Ce qui a concentré les informations diffusées sur les adolescents et généré un biais dans l’image perçue de la fiction, avant sa diffusion.

Enfin, dans un contexte de crise, l’humour et la légèreté sont privilégiés par téléspectateurs qui recherchent du divertissement, plus qu’un regard sur la société. Or, Clash insiste sur l’émotion mais peu sur la dimension humoristique.

Bref

Outre la communication, des ajustements sont donc à intégrer à Clash, notamment en injectant plus d’humour dans la manière d’aborder certaines questions. Mais, espérons que, malgré ses audiences actuelles, la série pourra bénéficier de la confiance de la chaîne pour permettre aux téléspectateurs d’avoir le temps de mieux la comprendre et de s’y attacher. Rappelons que des séries qui ont eu des difficultés à trouver leur public au démarrage ont fini par être de véritables succès auprès d’une audience large à l’instar de Fais pas ci Fais pas ça ou Plus Belle la Vie.

Plus généralement, une question relative à l’ADN de France 2 et à sa stratégie peut se poser. L’installation de marques fortes en fiction française peut prendre du temps, en particulier lorsqu’il s’agit d’innover ou de chercher à faire évoluer son audience et son image. C’est un travail global et de long terme à mettre en place dans un paysage audiovisuel de plus en plus complexe et enrichi, à la fois d’une point de vue éditorial mais également au niveau des axes de communication. La chaîne a proposé plusieurs séries de qualité qui ont du mal à émerger et qui ont disparu, faute d’audience, dès la première saison. Le service public, non soumis, théoriquement, à la pression de l’audience en prime-time, ne devrait-il pas laisser le temps aux nouvelles fictions françaises de s’installer ?

Miss Blablabla Media
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